Des pierres aux multiples visages et usages

Des pierres aux multiples visages et usages

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Objet de toutes les convoitises, les minerais précieux s’immiscent bien souvent au cœur des relations diplomatiques. Sujet de nouveaux accords entre la Russie et l’Inde, levier de pression utilisé par l’Union européenne à l’égard du Zimbabwe : convoités autant que décriés, les marchés dédiés aux pierres précieuses constituent une manne non négligeable à travers la planète, « une monnaie d’échange internationale aussi discrète que profitable » selon François Curiel, directeur international du groupe Christies. Cependant, ces matières premières, au même titre que les autres, se raréfient alors même que la demande ne cesse de grimper, menant les acteurs concernés à renouveler leur offre.

Des tensions en partie à l’origine de nouveaux accords

Alors même que Vladimir Poutine s’isole de plus en plus de ses partenaires occidentaux sur la scène internationale, son regard se porte sur l’Est avec le développement de nouveaux accords commerciaux. L’Inde constitue alors une place de choix dans la stratégie russe : mondialement reconnu pour la taille et le ponçage des diamants, elle n’avait pourtant pas jusqu’ici convaincu ses homologues. Ces derniers, premiers producteurs mondiaux de diamants, ne vendaient que 20 % de ces joyaux de manière directe, les 80 % restant transitant d’abord sur les places fortes d’Anvers et de Dubaï. Première raison invoquée : les taxes et l’administration indiennes. Ce nouveau choix pourrait bien avoir des conséquences sur l’évolution des modes de transformations du diamant en Inde avec une recrudescence des activités déjà menées ainsi que la naissance d’un atelier géant de création de bijoux. Les prémisses paraissent encore fébriles mais la demande chinoise, toute proche, pourrait accélérer le processus.

Au cœur de la diplomatie européenne

Union européenne

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Parmi les outils de pression économique utilisés à travers le monde en matière de diplomatie, l’embargo opéré par l’Union européenne sur les diamants zimbabwéens s’inscrit à première vue de manière honorable. Mis en place peu avant les élections de juillet 2013, l’embargo devait influer sur le cours du scrutin, la société minière détenu par le parti en place ZANU-PF étant accusé d’avoir acheté des votes par la vente de pierres selon l’ONG Global Witness. Il n’en a rien été. Bien que reconnu par les institutions panafricaines, de nombreux doutes demeurent quant à la bonne tenue des élections. Au-delà de la réélection de Robert Mugabé, au pouvoir depuis une trentaine d’années, d’autres interrogations subsistent au sein même des membres de l’UE. Si le Royaume-Uni appelait à un maintien de la sanction, la Belgique quant à elle, occupant la première place dans le commerce du diamant, souhaitait la voir levée, peu satisfaite de voir disparaître 8 millions de carats en direction de l’Inde. Les bonnes pratiques véhiculées par l’Union européenne atteignent bien des limites.

Réinventer des modèles

Les mines autrefois pourvoyeuses de pierres de haute qualité ont aujourd’hui disparu à l’image de Mozo en Colombie. Pour autant, la demande mondiale n’a cessé de croître. Résultat : une augmentation des prix par 10 en une dizaine d’années et des mises aux enchères de plus en plus démesurées. En octobre dernier à Hongkong, un diamant poire d’environ 8 carats a été adjugé à près 18 millions de dollars. Face à cette raréfaction, les joailliers optent désormais pour des pierres dont les caractéristiques sont quelque peu différentes à l’instar de la gamme lancée par Van Cleef & Arpels en 2005. Privilégiant dorénavant les tourmalines et morganites aux rubis et autres diamants, les nouvelles pierres précieuses affichent d’autres atouts à défaut de pureté.

Ce qui n’est pas forcément pour déplaire aux clients fortunés : les grandes marques semblent avoir fait de ces minerais de second choix une place tout aussi grandiose. D’autres, conscients des menaces pesant sur les systèmes d’extraction notamment en termes de coûts humains, mettent en avant des créations éthiques à l’instar de Monique Péan, nouvelle venue dans le monde des artistes joailliers. Privilégiant le travail de métaux et coquillages, il s’agit de repenser les modes de production en collaborant notamment aux côtés d’ONG dont le fer de lance s’inscrit dans la défense globale de l’environnement et des droits de l’Homme. Nul aujourd’hui n’ignore le rôle du commerce diamantaire au sein de nombreux conflits ayant déchiré l’Afrique.

Alors que les consciences s’éveillent peu à peu, le monde gravitant autour des pierres précieuses présente toujours des zones d’ombres. Il n’en reste pas moins que les joailliers d’exception adhèrent de manière quasi unanime à l’ensemble des procédures poussant à obtenir plus d’informations sur la provenance des pierres et les conditions dans lesquelles ces dernières ont été extraites. Mise en place de Règles d’Or, multiplication d’ONG, développement d’un luxe éthique : de nouvelles conceptions paraissent s’imposer, conceptions au demeurant encore infirmes pour parler d’un véritable changement de paradigme.